Durant ma deuxième année de lycée, tout a basculé. On a diagnostiqué un cancer à mon père. Malgré la maladie, il a continué à travailler aussi longtemps qu'il le pouvait, affirmant qu'il allait bien. Son plus grand souhait était de me voir au bal de promo et à la remise des diplômes : élégante, rayonnante, prête à entamer mon avenir. Mais quelques mois avant le bal, il est décédé. J'ai appris la nouvelle dans le couloir même qu'il avait nettoyé pendant des années.
Après les funérailles, le calme est revenu. Je suis allée vivre chez ma tante et, à l'approche du bal de fin d'année, mes camarades comparaient leurs robes et leurs projets. Sans lui, la fête me semblait bien vide.
Un soir, en rangeant ses affaires, j'ai trouvé ses chemises de travail soigneusement pliées. Chacune d'elles évoquait des souvenirs de jours ordinaires qui comptaient plus que tout. Assise là, une idée m'est venue : s'il ne pouvait pas être au bal de promo, je pouvais l'emmener avec moi. Avec l'aide de ma tante, j'ai décidé de coudre ma propre robe à partir de ses chemises.
Je n'avais quasiment aucune expérience en couture. Ce projet m'a pris de longues soirées, a été ponctué d'erreurs et de larmes silencieuses. Mais chaque point était comme un souvenir : une balade à vélo, un matin d'école, une étreinte après une dure journée. Une fois la robe terminée, elle n'avait rien de glamour, mais elle renfermait quelque chose de bien plus précieux : sa présence.
Le soir du bal de promo, des chuchotements m'ont suivie dès mon arrivée. Certains se moquaient de ma robe faite maison. J'ai essayé de les ignorer, en me rappelant pourquoi je la portais.